Autrice, compositrice, interprète… mais aussi plume de l’ombre pour plusieurs grands noms de la scène francophone, Camille Yembé s’impose aujourd’hui comme l’une des voix les plus singulières de la nouvelle génération.
Quelques jours après la sortie de son nouvel album « Jeune et Laide » (dispo ICI), nous avons rencontré Camille Yembé au CTRL+F Festival, au Bikini de Toulouse, juste après son concert. L’occasion d’évoquer son parcours, son passage de l’ombre à la lumière, son rapport à l’écriture, ses influences musicales, sa prochaine tournée… mais aussi son besoin de raconter son histoire avec sincérité.
Média Selecta Bisso : “Bonsoir Camille, merci de nous accorder de ton temps après ton show. Forcément la première question est Comment te sens-tu en cette sortie de scène ? Comment as-tu senti le public ?”
Camille Yembé : “Franchement, j’ai trop aimé le public ! Je dis pas ça parce qu’il y a une caméra, vraiment ! Toulouse, je suis déjà venue une fois pour le Rose Festival. Ici, c’est ma deuxième fois pour le CTRL+F Festival et honnêtement, en fait, je trouve que les gens sont super accueillants, qu’ils connaissent ou qu’ils ne connaissent pas. Ils sont hyper accueillants, donc j’ai trop aimé !”
Média Selecta Bisso : “Sans que le grand public le sache, tu as écrit pour des artistes, comme Tiakola, Eva Queen… est-ce que tu peux nous parler de ça ?”
Camille Yembé : “J’ai écrit pour Tiakola, pour Eva oui aussi notamment, et pour Aya, j’allais oublier Aya ! J’en suis arrivée là parce que mes textes, mes chansons ont glissé dans leurs oreilles et j’ai su rentrer un peu dans ce réseau là. Et c’est un peu, finalement, par là que j’ai commencé à être ancrée dans l’industrie de la musique, en vrai. Et puis, je pense que ça a été l’élément déclencheur aussi pour me dire aussi : ‘écoute Camille, tu dors, en fait tu n’investis pas assez en toi et donc ça m’a poussé aussi, à un moment donné, à tout plaqué et me lancer dans mon propre projet.”
Média Selecta Bisso : “Il me sembe que Ghandi t’a aidé, t’a poussé aussi non ?”
Camille Yembé : “Bien sûr ! Ghandi, c’est une personne que j’ai rencontré déjà il y a 10 ans et c’est la première personne qui a cru en moi, dans le monde de la musique. Il m’a aussi poussé à écrire et je lui en serais à jamais reconnaissante parce que l’écriture, c’est l’endroit, l’étape de mon art, où, je crois, je suis le plus épanouie.”
Média Selecta Bisso : “Tu as rencontré quelques difficultés dans ta vie. Est-ce qu’elles t’ont poussé à te lancer à fond dans ta passion, à tout arracher quoi ?”
Camille Yembé : “En fait, oui et non, il y a les deux réponses, dans le sens où il y a des choses que j’ai pu traverser dans la vie m’ont d’abord retardée, puisque je ne pouvais pas m’y consacrer tôt. Je pouvais me dire à 20 ans : ‘Ouais vas-y, tu fais juste de la musique’, non parce que j’avais des réalités autres. Mais à la fois, ça te donne aussi une forme d’urgence, au moment où tu y es. Par exemple, là j’y suis enfin,j’ai 29 ans, j’ai un truc d’urgence où je me dis ‘c’est maintenant ou jamais’. Donc, ça m’a servi quand même. Il y a à boire et à manger dans tout ça.”
Média Selecta Bisso : “Ton premier EP “Plastique” a parlé à beaucoup de personnes, il y avait des messages forts. C’est important pour toi de véhiculer des idées et peut-être même apporter du soutien à travers tes chansons ?”
Camille Yembé : “Oui, oui, c’est hyper important. Enfin, je ne sais pas si important ou pas important de véhiculer des messages forts, mais en tout cas, j’ai ressenti la nécessité. Peut être que demain je ferai un projet qui parle de fleurs et de ciel, ou je ne sais pas. Donc là, je pense que c’est parce que j’avais un besoin de parler de mon vécu, de mon histoire et peut-être du coup, des récits des autres aussi. Donc, là, actuellement, j’avais besoin de parler de ce qui me touche, ouais.”
Média Selecta Bisso : “Tu as un univers musical assez large, particulier, quelles sont tes influences ?”
Camille Yembé : “Elles sont très diverses ! Je pense que ma musique est très hybride. L’ancrage se fait dans ma personnalité, ma manière d’écrire, dans ma manière de poser. Je pense que c’est en ça qu’on reconnaît vraiment ma musique. Sinon, mes inspirations, ça passe de la pop, au rock, au rap, parfois même electro. A vrai dire, il y a beaucoup de genres qui se mélangent, mais j’ai l’impression qu’on est dans une génération où on s’autorise plus ça aussi. Et on est dans une génération aussi où nous avons écouté plein plein de choses. Le meilleur exemple, c’est Theodora. Moi, elle m’a beaucoup réconfortée dans l’idée de me dire ‘tu peux exister en proposant plein de musiques différentes, plein de genres différents, tu peux exister quand même quoi.”
Média Selecta Bisso : “Tu vas commencer une tournée en septembre. Ici, c’était comme un peu un tour de chauffe. Tu es dans quel mood pour cette tournée ? avec d’ailleurs une belle date à la cigale”
Camille Yembé : “Moi, je suis un peu quelqu’un qui regarde vraiment proche d’elle. Je ne regarde pas trop trop loin, parce que sinon, je me sens écrasée par l’échéance. J’avoue que la tournée, quand je l’ai postée sur Instagram, je me suis dit ‘Hum ! elle est quand même longue, il y a quand même beaucoup de trucs’. En vrai, j’ai hâte, j’ai très très hâte, je suis très curieuse aussi de savoir à quoi elle va ressembler ma tournée, j’en ai jamais fait. Donc, très hâte, très curieuse.”
Média Selecta Bisso : “Il y a quelques jours, tu as sorti ton dernier projet qui s’appelle ‘Jeune et Laide’. Déjà pourquoi ce titre ? parce que tu es très jolie !”
Camille Yembé : “Merci, c’est gentil ! Mais oui, il y a une notion de physique par rapport à quand j’étais plus jeune et que je pouvais ne pas m’accepter. Mais surtout, une parabole à ma vie, parce quand on pense à la jeunesse, on pense à quelque chose de léger, on pense à quelque chose de beau, de naïf. Et moi, quand j’observe ma vie, ben c’est un peu tout sauf ça en réalité. J’avais envie de confronter ces deux mots-là : jeune et laide, et d’offrir un autre angle de lecture sur ma jeunesse.”
Média Selecta Bisso : “Est-ce que ce projet à un message spécial ou c’est la continuité de ton parcours ?”
Camille Yembé : “Il a quand même un message spécial, parce que mon premier E.P, il parlait de sujets ect mais sans aller dans la profondeur. Et là vraiment, l’album (le nouveau), j’avais l’ambition vraiment de me raconter, raconter mon récit, raconter ce que c’est d’être de mon milieu à moi. Je pense que j’avais besoin de faire exister mon histoire, dans la pop, dans le paysage de la pop. Donc, oui, il a quand même un terme précis ouais.”
Média Selecta Bisso : “As-tu des souhaits de featurings, peut-être avec des artistes pour lesquels tu as écrit ? ou tu préfères te raconter seule ?”
Camille Yembé : “J’en ai déjà fait deux. J’ai deux featurings sur l’album avec Lous (and the Yakouza) et Ino (Casablanca). Mais est-ce qu’il y a des featurings que j’aimerais faire… toujours ! Mais j’avoue que j’aime bien aussi me laisser guider par la vie, dans le sens où un featuring c’est aussi un partage d’univers. Un partage même presque de spiritualité, parce que la musique, pour moi je trouve ça très spirituel. J’ai pas trop commandé les featurings, j’aime pouvoir aussi sentir la personne, avoir un crush artistique. Donc, je laisse les choses se faire.”
Média Selecta Bisso : “Dernière question, un peu plus légère, la question H.S : tu es hyper stylée, est-ce que la mode c’est un truc que tu kiffes comme ça ou que tu aimerais explorer peut-être plus tard ?”
Camille Yembé : “Non j’adore ! j’adore la mode ! J’adore les vêtements, je suis congolaise quand même, il faut le dire et donc la sappe ça fait partie de nous ! J’aime prendre soin de moi. Donc, oui, c’est un truc que j’explore quand même et que j’aimerais encore plus explorer dans l’avenir. On va voir ce que l’avenir me réserve.”
Média Selecta Bisso : “Un dernier mot, un message, peut être pour les gens qui se sont reconnus dans tes sons ?”
Camille Yembé : “Une phrase c’est : l’étoile reste l’étoile ! Soyez fier de vous et prenez soin de vous”
Au fil de cette rencontre, Camille Yembé confirme ce qui fait aujourd’hui sa force : une écriture profonde et personnelle, portée par une envie sincère de raconter ses expériences sans jamais se laisser enfermer dans un genre ou une étiquette. Entre pop, rap, rock et influences multiples, elle construit une œuvre qui lui ressemble, libre et sans concession.
Après quelques festivals estivaux, une première tournée débutera à la rentrée, avec notamment une date attendue à La Cigale (dates et places dispos ICI). Camille Yembé écrit désormais son propre chapitre, avec la même sensibilité qui a déjà touché de nombreux artistes pour lesquels elle a écrit… et un public de plus en plus nombreux. Belle et longue route Camille !
Questions & photos : @vavacaz



