La 41e édition du Festival international de mode, de photographie et d’accessoires de Hyères a récompensé la créatrice chinoise Yui Chen pour sa collection « Food Cover ». Sous une nouvelle direction, le rendez-vous varois entend recentrer ses moyens sur les jeunes talents et assurer l’avenir de la Villa Noailles, institution majeure de la création contemporaine.
Yui Chen récompensée pour une collection sculpturale
Le Festival de Hyères poursuit sa mission de révélation des talents émergents. Pour sa 41e édition, organisée en octobre 2026, le Grand Prix du jury mode a été attribué à Yui Chen, créatrice chinoise distinguée pour sa collection « Food Cover ». Le jury était présidé par Chemena Kamali, directrice artistique de Chloé, qui a salué une proposition personnelle, portée par un concept fort et une véritable maîtrise technique.
Avec « Food Cover », Yui Chen transforme un objet du quotidien, la cloche alimentaire, en point de départ d’une réflexion sur les volumes et les formes du vêtement. Ses créations explorent les silhouettes tridimensionnelles, les superpositions transparentes et les matières capables de se plier ou de se déployer autour du corps. Certaines pièces familières, comme les chemises et les robes de nuit, deviennent ainsi des objets sculpturaux. Un manteau entièrement recouvert de nœuds en cuir recyclé illustre également son approche expérimentale.
La créatrice associe ces vêtements à des accessoires de tête protecteurs, brouillant les frontières entre mode, sculpture et fonctionnalité. Une démarche qui témoigne de la capacité du festival à mettre en lumière des visions singulières.
Un palmarès qui célèbre la diversité des approches
D’autres créateurs se sont distingués lors de cette édition. Xiao Xu, également créatrice chinoise installée à Paris, a remporté le deuxième Prix Supima avec « Uncanny », une collection qui détourne des vêtements familiers en explorant les contrastes entre matières domestiques et sensualité.
Le prix Le19M Métiers d’art, organisé en partenariat avec Chanel, a été décerné au créateur mexicano-allemand Dieter Vlasich Obermann pour « Tiliches ». Inspirée par ses souvenirs d’enfance et les objets conservés par sa grand-mère, sa collection valorise l’artisanat, les matières recyclées, la broderie et les techniques traditionnelles du Yucatán.
Rachel Luurssen, créatrice néerlandaise basée à Paris, a quant à elle remporté le prix Atelier des Matières avec « Pandora’s Box: The Pursuit of Perfection », une réflexion sur les idéaux de beauté et les pressions exercées sur les corps féminins.
Enfin, Brais Albor Rodríguez a obtenu une mention spéciale du jury ainsi que le prix du public pour « Por Mis Santos Cojones », une collection décalée consacrée aux hommes aux morphologies souvent négligées par l’industrie de la mode.
Dans la catégorie accessoires, le Grand Prix a été attribué à Sassa Ann van Wyk. Daniel Cheruzel a reçu le premier prix AZ Academy, créé en hommage à Alber Elbaz, tandis que Matteo Artuso a remporté le prix du public de cette catégorie.
Une nouvelle direction pour soutenir les jeunes créateurs
Au-delà des récompenses, cette 41e édition marque un tournant institutionnel. Valérie Duport, élue présidente du conseil d’administration de la Villa Noailles en juillet, et Hugo Lucchino, directeur général depuis 2025, souhaitent replacer les créateurs au centre du dispositif.
L’objectif est de concentrer davantage de ressources humaines et financières sur les finalistes, leurs collections et leur visibilité professionnelle. Cette orientation se traduit notamment par une programmation recentrée sur les expositions et les défilés, avec moins de soirées et d’événements périphériques.
Le festival évolue dans un contexte délicat, marqué par des difficultés financières et des controverses de gestion ayant conduit au départ de son fondateur, Jean-Pierre Blanc. Pour sa nouvelle équipe dirigeante, la priorité est désormais de consolider l’institution tout en préservant sa liberté artistique.
La présence de trois femmes à la tête des jurys mode, accessoires et photographie constitue également un signal en faveur d’une meilleure représentation des talents féminins dans les industries créatives.
La Villa Noailles face aux défis de demain
Fondé en 1986, le Festival de Hyères s’est imposé au fil des décennies comme une plateforme de découverte pour les nouvelles générations de designers. Son rôle dépasse la simple récompense artistique : il contribue à créer des liens entre jeunes créateurs, maisons de luxe, artisans et professionnels de la mode.
Pour pérenniser cette mission, la direction entend développer des partenariats qui apportent non seulement des financements, mais aussi des matériaux, des compétences techniques et un accompagnement concret. La création d’une exposition permanente consacrée à l’histoire de la Villa Noailles, depuis ses origines en 1925, est également envisagée.
Dans un secteur où les jeunes marques font face à des difficultés croissantes pour distribuer leurs collections et financer leur développement, le festival souhaite aussi encourager une réflexion sur les modèles économiques. Entre distribution traditionnelle, vente directe et collaborations avec de grandes entreprises, les créateurs doivent trouver des solutions adaptées à leur identité et à leur clientèle.
Avec Yui Chen en tête d’affiche, cette 41e édition affirme ainsi une ambition claire : préserver un espace d’expérimentation où la créativité, l’audace et l’innovation peuvent s’exprimer, tout en donnant aux jeunes talents les moyens de construire leur avenir.



