On avait déjà vu Medine sur scène à Toulouse en 2024, puis en 2025 (reports à retrouver sur ce site). Mais cette année, au Rose Festival, c’était une première pour nous : en plus d’assister à son show, on pu prendre le temps de s’asseoir avec lui et d’échanger face à face.
Invité personnellement par Oli, avec qui il entretient une relation de longue date, Medine retrouvait Toulouse pour un festival qui symbolise justement ce qu’il aime dans le rap : le mélange des générations, des styles et des publics. Lui qui a vu le rap français évoluer depuis la fin des années 90 continue, plus de vingt ans après ses débuts, à écrire, collaborer, défendre ses convictions et se réinventer sans jamais perdre ce qui constitue son ADN.
De son amour de l’écriture, de la nouvelle génération à l’intelligence artificielle, de ses engagements à sa prochaine tournée acoustique « Enfants du destin », Medine s’est livré avec franchise, humour et, forcément, quelques punchlines.
Média Selecta Bisso : “ Hello Medine, merci de nous recevoir, c’est sympa de ta part”
Medine : “Avec plaisir !”
Média Selecta Bisso : “ On est ici à Toulouse, donc déjà première question, es-tu content d’être ici au Rose Festival ?”
Medine : “Je suis très content d’être là. Invité en personne par Oli, un grand ami depuis … depuis trop longtemps !”
Média Selecta Bisso : “Tu connais Bigflo et Oli depuis un certain temps. En 2020, vous aviez même fait un feat. ‘Tête à coeur’
Medine : “Oui, et ils étaient dans mon public depuis 2009. Ils étaient venus ici à Toulouse me voir jouer, et donc on se connaît depuis très longtemps. Une belle relation qui se poursuit et trop content qu’ils m’aient invité aujourd’hui.”
Média Selecta Bisso : “Ça te fait quoi de voir que dans un festival comme celui-là, il y a des têtes d’affiche de la nouvelle génération mais aussi de l’ancienne ?”
Medine : “Moi, j’adore ces croisements : ancienne, nouvelle générations, en réalité, c’est la culture qui gagne à la fin.”
Média Selecta Bisso : “Et ça fait de beaux featurings aussi parfois non ?”
Medine : “Ouais, de très beaux feats, j’adore ça. J’ai fait des morceaux moi type ‘Grand Paris’ où je mélange toutes les esthétiques, et ça permet de faire découvrir ou redécouvrir aux nouveaux les anciens artistes et aux anciens publics, les nouveaux artistes.”
Média Selecta Bisso : “Est-ce que tu écoutes des artistes de la nouvelle géné ?”
Medine : “Oui ! Là, il y a Timar [au Rose Festival], je vais aller au concert de Timar. Je vais aller au concert de Danyl, ça c’est ma dope, ça !”
Média Selecta Bisso : “Toi tu es dans le rap depuis le siècle dernier, on va dire la vérité hein, et tu es toujours là, solide, qu’est ce qui t’anime encore aujourd’hui ?”
Medine : “J’aime vraiment cette musique, pour de vrai, profondément. Elle m’a beaucoup apporté. C’est à la fois une culture qui me rassure, qui me met dans un cadre familial, parce qu’au-delà des histoires de clash, d’embrouille ect, il y a beaucoup – et c’est la majorité – de fraternisation. Donc, j’aime cette culture, j’aime ce qu’elle a été, j’aime ce qu’elle est et j’aime ce qu’elle est en train de devenir. Ouais, donc le rap, c’est mon ADN, pour de vrai.”
Média Selecta Bisso : “Écrire, ça fait partie de toi ?”
Medine : “ Totalement. L’écriture, c’est le dénominateur que j’ai par exemple avec Bigflo et Oli. Le bon mot, bien écrire, chercher la meilleure phrase, dire des choses qui ont déjà été dites mille fois de la meilleure façon encore, c’est ce qu’on a en commun.”
Média Selecta Bisso : “Tu parlais des clashs tout à l’heure. Mais les clashs et les battles, ça se rejoint. C’est dans les bases du rap, pour prouver, mais aussi pour évoluer, faire mieux de l’autre”
Medine : “Ouais, il y a une adversité positive dans cette musique, où parfois on veut faire mieux que l’artiste d’à côté. Quand bien même c’est nos potos, on veut quand même – si on est sur un featuring – exceller, et sortir gagnant de cette joute verbale.”
Média Selecta Bisso : “Tu es un artiste engagé, conscient, mais qui a aussi de l’autodérision. L’humour, c’est de tes traits de caractère ?”
Medine : “[rires] Je passe ma vie et mon quotidien à rigoler moi. Je suis très peu sérieux dans mon quotidien. Je suis sérieux quand je dois l’être, quand je suis obligé, quand j’ai pas le choix. Aux rendez-vous, j’sais pas moi, chez le banquier où il faut être à l’heure… ça, ça m’intéresse moins tu vois”
Média Selecta Bisso : “C’est pas ta D.A”
Medine : “Non, c’est pas ma D.A [rires]”
Média Selecta Bisso : “Tu partages des idées et des opinions engagées, avec force et conviction, mais aussi avec sagesse et amour. Pour toi, c’est le combo logique ? ”
Medine : “Ah ouais, l’amour et la joie, ça doit être présent dans tout. Même dans la lutte. Dans les moments où on est censé se battre pour conserver ses droits, ses acquis, pour dénoncer des situations, à l’échelle géopolitique, il faut garder la joie. Parce que nos ennemis, nos détracteurs voudraient que l’on perde cette joie, que l’on soit aigri et qu’on soit dans une haine, alors que non : nous, on lutte avec la joie. On va aux manifestations avec de la musique, avec des slogans. Il y a toutes les générations, il y a toutes les sensiblités et on lutte avec le sourire !”
Média Selecta Bisso : “Souvent, tes sons sont mal interprétés. Je pense, par exemple à ‘Houri’ qui est un son, pour moi, féministe, ou à “Allons enfants” qui est un morceau d’unification”
Medine : “J’aurais pas la prétention de dire que j’écris des morceaux dits ‘féministe’, mais j’essaie de converger depuis l’endroit où je me trouve. Celui d’un artiste issu de l’immigration algérienne, des quartiers populaires, musulman, père de famille. J’essaie de militer depuis où je me trouve et de converger avec d’autres luttes et de se solidariser par combattre l’ennemi qui frappe à nos portes, qui s’appelle le fascisme, qui s’appelle l’extrême droite. Donc, je crois qu’il est l’heure de converger.”
Média Selecta Bisso : “Et j’ai l’impression que rien ne peut te faire plier”
Medine : “Moi, j’ai le cuir solide hein. Comme je te disais, je suis algérien. Les algériens ont le cuir solide pour de vrai !”
Média Selecta Bisso : “Tu es un ancien, mais un ‘ancien moderne’, donc une question d’actualité, que penses-tu de l’IA ?”
Medine : “J’sais pas, j’ai pas d’avis sur l’IA. C’est comme quand internet est arrivé dans ma vie. J’ai connu l’époque sans internet, désolé on est des anciens ! Et quand internet est arrivé, on n’avait plus le choix que de s’adapter ou de disparaître. Je crois que je vais faire pareil, je vais m’adapter, j’ai pas envie de disparaître moi !”
Média Selecta Bisso : “Tu es un artiste qui peut faire des albums tout seul, tu en as déjà fait, mais tu as aussi beaucoup de beaux feats. Pour toi, c’est aussi un message de partager le micro ?”
Medine : “Ouais, j’adore les feats. J’en ai déjà enregistré pas mal pour la suite de ma carrière. Je vais sortir l’acte 2 d’un projet qui s’appelle ‘Stentor’, et il y a déjà des feats enregistrés et je ne vais jamais arrêter de faire des feats.
Média Selecta Bisso : “Et c’est quand que ça sort ? si on peut savoir…”
Medine : “J’ai pas la date… et je te l’aurais pas donnée de toute façon [rires]”
Média Selecta Bisso : “[rires] On suit ça de près alors ! Tu influences des artistes, parce que tu es quand même une légende, faut le dire. Mais toi, qui t’a influencé à la base ?”
Medine : “Moi, il y a 5 groupes, que j’ai cité dans un morceau qui s’appelle ‘Lecture aléatoire’, qui m’ont directement influencé : IAM, NTM, Lunatic, Arsenik, Ideal J : la manita !”
Média Selecta Bisso : “Par rapport à Toulouse, tu es souvent venu à Toulouse. Tu es même un peu là tous les ans. Tu étais là en 2024, 2025, aujourd’hui en 2026 et bientôt à l’Interférence en 2027. Donc déjà, est-ce qu’on sait accueillir ?”
Medine : “Ah ouais ! le public toulousain, c’est incroyable à chaque fois ! pour de vrai. J’ai un toulousain qui joue avec moi, qui s’appelle Ludo Schimdt, qui sera là sur scène, c’est le trompettiste. Il fait partie d’un groupe qui s’appelle BØL, peut être ça te dit quelque chose. C’est des toulousains. Du coup, maintenant, c’est même plus genre ‘accueillir’, j’ai des toulousains dans mon équipe !”
Média Selecta Bisso : “Peux-tu nous parler de ta prochaine tournée de 2027, ‘Enfants du destin’ ?”
Medine : “Enfants du destin, c’est une tournée acoustique. C’est très différent de ce que je vais jouer au Rose Festival, qui, pour le coup aujourd’hui, ce sera un show taillé pour les foules, pour les fosses. La tournée acoustique, c’est en jauge assise. Vous venez à la fois voir un concert et à la fois voir du théâtre, faut se préparer. Ce qui est bien, c’est que vous pouvez venir en très grande famille. Les plus convaincus, en général, viennent avec leurs enfants, leurs parents. Vous pouvez venir vraiment en famille, parce qu’il y a un story telling, il y a de la musique, mais ça raconte aussi une histoire. Il y a des interludes entre-coupés, qui sont joués par mon épouse Karinale, qui ramène un peu d’espoir, de vivant, dans un concert où parfois les morceaux peuvent être dramatiques.”
Média Selecta Bisso : “C’est un peu comme ta tournée de 2024, que l’on avait vue au Casino Barrière ?”
Medine : “Exactement ! C’est ça en mieux parce qu’il y a des nouvelles musiciennes, il y a Karinale – le soleil de ma vie – sur scène. Je vous partage un peu de soleil à pendant ces concerts.”
Média Selecta Bisso : “Justement, je finissais avec un gros big up à ta jolie famille, Karinale ta femme et tes enfants. Ils sont ta force, ton équilibre ?”
Medine : “Ils sont là regarde ! Aujourd’hui, ils vont profiter du festival à 100%. Aujourd’hui, me déplacer avec eux, ça me rassure énormément !”
Média Selecta Bisso : “Un dernier mot, un petit message ?”
Medine : “Profitez, mettez de la joie partout où vous pouvez en mettre !”
Média Selecta Bisso : “Donc on suit tes actus et on sera là en 2027 à la salle Interférence !”
Medine : “Ouais, voilà. Et venez à l’Interférence. C’est à Balma Toulouse, le 10 mars 2027 !”
Après plus de vingt ans de carrière, Medine continue donc d’avancer sans jamais renier ce qui fait son identité. Entre amour de l’écriture, goût du partage, transmission entre les générations et engagement assumé, le rappeur havrais semble avoir trouvé la recette pour traverser les époques sans se laisser enfermer dans une case. Même l’IA ne semble pas l’effrayer : s’adapter, évoluer, mais surtout ne pas disparaître.
Et alors qu’il prépare la suite de Stentor et sa tournée acoustique Enfants du destin en 2027, Medine continue d’écrire, de défendre ses convictions et aussi de transmettre. Son dernier message résume d’ailleurs parfaitement l’état d’esprit de cette rencontre : « Profitez, mettez de la joie partout où vous pouvez en mettre ! » Un mantra qui lui ressemble, et que l’on pourra retrouver sur scène à l’Interférence, à Balma, le 10 mars 2027. On a hâte !
Merci à Medine pour sa disponibilité malgré un passage imminent sur scène, pour sa sincérité, sa gentillesse, sa sagesse, son sourire et ses petites pointes d’humour qui nous ont bien régalé ! Respect et force !
Let’s go follow Medine sur les réseaux sociaux, si ce n’est pas déjà fait, pour connaître toutes ses actus (Instagram ICI)
Big up au Rose Festival et la team Suzette pour l’opportunité.
Questions : @vavacaz
Credit photos : @oceb.raw



