Lors du Rose Festival 2026, nous avons eu l’opportunité d’interviewer un groupe de rappeurs plutôt unique : DEEN CK. Leur musique est une affaire de famille, et leur énergie une évidence. Révélés sur les scènes toulousaines, ces trois frères artistes toulousains insufflent un vent de fraîcheur sur le rap. Entre trap incisive, rythmes jersey et mélodies afro, Shamsdeen, Eisdeen et Tajudeen transforment leur vécu en une force collective imparable.
C’est dans l’effervescence (pour ne pas dire grosse fiesta) des coulisses du Rose Festival, juste après avoir fait danser leur public à domicile, que les triplés se sont posés avec nous. Avec beaucoup de sincérité, ils sont revenus sur leur parcours, l’alchimie unique qui les unit, la répartition de leurs rôles et les influences qui nourrissent leur art.
Une rencontre exclusive avec un groupe soudé par le sang et la passion.
Média Selecta Bisso : “Salut DEEN CK, merci de nous accorder de votre temps, en plus vous sortez de scène. Déjà première question, comme ça s’est passé votre concert au Rose Festival aujourd’hui ?”
Deen CK : Eis “ Très bien ! Pas trop de nuances à apporter. C’est déjà une bonne chance d’être ici. Il fait beau, les gens sont contents. Moi, je suis très content, personnellement.
Shams “Trop bien passé ! Ça faisait genre 4, 5 mois qu’on n’était pas monté sur scène, donc on était un petit peu… pas rouillé, mais tu vois ce que je veux dire ! On avait faim, quoi ! Mais ça s’est trop bien passé, puis voilà c’est toujours une bonne ambiance le Rose Festival.
De toute façon, on est à la maison, c’est le principal. Il y a des gens qui aiment bien, qui nous connaissent, donc c’était cool quoi.”
Média Selecta Bisso : “Sans trop de doutes, vous êtes de la même famille. Quel est exactement votre lien de parenté ?”
Deen CK : Taju “Ouais carrément, comme tu dis, je pense que ça se voit. On est frères du coup tous les 3. En fait on est triplé, en gros. Les gens sont toujours un peu choqués quand on dit ça. Il y en a qui ne nous croient même pas ! C’est un peu gênant des fois, mais c’est ça, on est triplé. Ben du coup, travailler en famille, c’est pas toujours facile, et en même temps, ça a des avantages où on se comprend et tout ça. Donc, ouais, c’est des choses qu’on doit gérer. Mais, plus ça avance, plus on apprend et plus on y arrive, donc c’est super”.
Shams : “Moi je suis le chef de la fratrie. Donc en fait c’est plus facile…
Taju : “Non, non, on va couper !”
Shams : “Donc, il y a une hiérarchie. Non mais tu as demandé qui et qui, et pour répondre à cette question, moi c’est Shams”
Eis : “moi c’est Eisdeen”
Taju : “et moi c’est Tajudeen.”
Shams : “On s’appelle Shamsdeen, Eisdeen et Tajudeen, mais les gens nous appellent Shams, Eis et Taju, parce que c’est plus … j’allais dire ‘c’est plus facile’, mais c’est pas plus facile, mais c’est moins ‘Deen, deen, deen’.
Et chacun à son rôle dans le projet. Eis est compositeur, Taju qui s’occupe un peu de la partie management, un peu administrative, communication et les réseaux sociaux. Et moi, je m’occupe plutôt de l’ingénierie sononre, un peu en studio. Après, tous les 3, on écrit, on chante, on rappe, donc on essaie de se former une petite équipe tous les 3, en faisant en sorte de ne pas attendre d’avoir besoin des gens pour, un peu, s’autosuffire.
C’est cool parce qu’on est autonome, mais après on s’enferme un peu dans ça, donc là on essaie un peu de s’exporter, de rencontrer d’autres personnes, pour le processus, pour l’élargir et l’enrichir.”
Média Selecta Bisso : “Quel est votre trait de caractère particulier à chacun ?”
Deen CK : “C’est une bonne question !”
Shams : “Chaleureux, compétent, désoeuvré, acharné, désobligeant, assidu”
[Taju lui prend le micro des mains]
Taju : “Non… c’est dur de répondre comme ça, on n’était pas prêts. Mais… moi, je vais en donner une à Eis, Eis à Shams et Shams à moi”
Moi, je trouve qu’Eis, il est … j’en ai plusieurs qui me viennent…,mais je vais dire qu’il est très Patient”
Eis : “Quoi ! moi patient ?! bon ok !”
Moi, je dirais – en plus c’est bien c’est dans le thème – pour Shams, je dirais Visionnaire du coup. Il a la vision sur plein de choses, il est très ambitieux aussi, mais on a dit qu’une seule, mais ça va ensemble je trouve.”
Shams : “ Et moi pour Taju, je dirais Rigoureux. Parce que sans lui, les choses ne seraient pas du tout aussi carrées, aussi travaillées. Même si là, des fois, on à l’air de faire un peu les foufous, on peut se le permettre parce que derrière, on a quelqu’un comme lui qui nous aide vraiment à faire en sorte que ce soit très professionnel. Je pense qu’on ne serait pas aussi professionnel sans lui ! Voilà, donc Rigoureux.”
Taju : “Merci mon frère, je t’aime”
Shams & Eis : Moi aussi je vous aime, on s’aime tellement !”
Média Selecta Bisso : “Donc ça fait un beau combo tout ça, la patience, la rigueur, la vision. Et comment êtes-vous arrivés dans la musique ?”
Deen CK : Taju : “Nous, faut savoir que la musique a toujours été présente dans notre famille. Notre père était batteur, depuis très longtemps. Notre sœur est danseuse aussi. On ne l’a pas mentionnée mais on travaille, on commence à travailler sur scène avec notre sœur Amanda, qui elle est prof de danse de plein de styles, qui est super forte. Du coup, elle nous aide à mettre en scène. Donc, on travaille vraiment en famille, même pour à peu près tout quoi. Bref, c’est une parenthèse, mais on a toujours été dans la musique.
Plus concrètement, il faut savoir qu’avant de faire du rap, on fait même du rock. Lui [Eis] était bassiste – il est encore bassiste d’ailleurs, moi j’ai été batteur. On était dans le même groupe au collège et lui [Shams/rires], en vrai il a un peu chanté, un peu vite fait mais vu qu’il savait pas chanter, c’était catastrophique !”
Eis : “On l’a viré du groupe, non on l’a viré du groupe, on a fait ‘non on va trouver quelqu’un d’autre [rires]” Va retourner, je sais pas, jouer aux legos frère ! Je sais pas, mais loin de nous !”
Taju : Et par contre, le rap concrètement, c’est arrivé assez tard, assez tard je trouve ! Enfin, personnellement. Enfin, le fait d’en écrire, et de faire de la musique c’est arrivé assez tard. Je sais plus quand est ce que c’était…2017 ou 2018”.
Eis : “1er avril 2017 ! Ils pensaient que c’était un poisson d’avril. Des amis à nous disaient ‘mais ça va durer 2 semaines’ Comme une lubie, tu vois. Et en vrai, ça dure encore de longues semaines, c’est long de ouf. Non mais c’est ça en fait, ce qui est drôle, c’est que ça nous a pris très vite et vu qu’on vivait ensemble, ben 95% de nos discussions c’était le rap, la musique, la musique, le rap et tout.
Nous de base, on aime bien jouer aux jeux vidéos et là, c’était comme un jeu vidéo mais en vrai, avec tout ce que tu peux t’imaginer dans un jeu vidéo… passer des niveaux, découvrir une nouvelle aventure”.
Shams : “Le rap, c’est arrivé parce qu’on voulait raconter l’histoire de nos parents. Il y avait un peu ce truc des dimensions qui s’entrechoquaient : la culture de notre père, la culture de notre mère, et c’est mélangé à plein de choses. Je pense qu’on s’ennuyait aussi pas mal. Du coup, pour combler l’ennui… enfin, ça donne lieu à la créativité.
Aussi, on est le fruit de notre époque. Faut dire que le rap, c’est quand même une musique qui est à la mode, quoi. Et puis, un mode de vie très hip hop, exactement. Sans se rendre compte même en fait, on a toute la mentalité, la façon d’appréhender les choses et hasseul comme on dit : le fait de se débrouiller tu vois, la débrouillardise. Et voilà quoi, c’est venu comme ça.”
Média Selecta Bisso : “Votre papa est d’origine béninoise, c’est ça ? Et il y a de ses influences dans votre musique ?”
Deen CK : Shams : “Exactement”
Eis : “C’’est ça et ça rejoint un peu la question que tu posais avant. Lui, notre père, il nous a toujours initié à la musique, avant même de savoir parler.
L’anecdote qu’on aime bien donner : il nous entraînait à faire le rythme africain avec des bouteilles en plastique et tout, ou la danse… il nous a vraiment transmis ça très vite.
Donc, ça n’a jamais été un effort de compter les temps, d’être dans les temps et tout. Mais oui, c’est ça, notamment au Bénin et à plus large mesure, dans les pays d’Afrique de l’Ouest – je dis Afrique de l’Ouest parce qu’il n’y a que ça que je connais vraiment, mais en soit, je pense que dans la majeure partie des pays africains, c’est des choses qui sont très culturelles de : à table pouvoir lancer de chants, des choses comme ça… et c’est une culture de la musique qui est peut être moins cérébrale que celle qu’on a en Occident où, dans la musique classique, les Mozart, chose comme ça, qui sont de très très bonnes musique, belle musiques, mais du coup, qui s’accompagne beaucoup avec des connaissances comme le solfège et tout.
Et, on a tendance à penser que tu peux pas faire de la musique sans les bases théoriques du solfège, alors que dans d’autres endroits du monde – pas que l’Afrique je pense – la musique, ça peut être très instinctif, plus spirituel aussi. Je pense qu’en Occident aussi, c’est très spirituel parce que l’église et tout ect bref, mais voilà, la spontanéité, c’est vraiment dans la musique.
Et oui, inconsciemment, des ryhtmes africains, le fait que notre père nous faisait beaucoup écouter de la salsa quand on était petit.
Shams : “La diaspora”
Eis : “La diaspora, ouais c’est ça ! le Kompa, les musiques plus des îles et tout. Et encore, il y a des choses qui pourraient être encore plus apparentes dans notre musique et vu qu’on est encore en cours de construction, c’est des choses qu’on a en vision.
Il y a des gens qui font ça très bien aussi. C’est de bonnes sources d’inspiration, et c’est cool!”
Média Selecta Bisso : “Vous disiez tout à l’heure que vous étiez musiciens à la base, vous êtes passés au rap, alors est-ce que le rap, pour vous, c’est une finalité ou une nouvelle étape et, peut-être, évoluer vers d’autres choses ?”
Deen CK : Shams : “Moi, pour répondre à ça, j’ai envie de dire, c’est que le rap c’est un outil comme un autre, et c’est un type de musique comme un autre. Aujourd’hui, on fait du rap parce qu’on sait le faire très très bien [rires]”
Taju : “Wow be humble !”
Shams : “Sit down ! [rires]. Aujourd’hui, on fait du rap parce qu’on considère que… on a pris le temps pour le maîtriser. On n’aime pas que le rap, donc on va pas faire que du rap. Et, est-ce que c’est une finalité euh… Moi, je pense pas. Je pense que tant qu’on est épanoui et qu’on s’exprime dans notre créativité, c’est bon. Ce sera une finalité quand on en aura marre, et pour l’instant, on n’en a pas marre je crois.”
Eis : “Je suis d’accord et ce serait triste même de se dire que c’est une finalité peut être. Mais c’est des tendances, c’est les périodes.
C’est -à -dire qu’il y a des fois où on fait beaucoup de maquettes et tout, et des fois où on a beaucoup envie de rapper. Et quand on a beaucoup de stock de maquettes de rap, des fois, on a plus envie de chanter ect. C’est souvent périodique, au final. Et généralement, en plus, souvent les périodes s’accordent souvent entre nous 3. Genre, quand il y en a un qui a envie de revenir au rap, les autres aussi, et inversement. Pour ça, on n’a jamais été trop divergents les uns des autres.”
Média Selecta Bisso : “Sur scène, vous avez une grosse énergie. Vous êtes plus des artistes de scène ou de studio, ou les deux sont complémentaires ?”
Deen CK : Taju : “Les deux sont très complémentaires, mais honnêtement, nous, on a commencé la musique en faisant des freestyles.
Ce qu’on faisait à la base, on allait à Saint-Pierre [place de Toulouse], on mettait une enceinte et on rappait. C’était freestyle. Nous, c’est la performance.
Nous, on vient de cette école-là, et je pense que cette énergie-là, dont tu parles, elle vient de là.
En plus, on est des compétiteurs entre nous. Faut savoir que vraiment on est en compèt constante. C’est une très bonne compétition, c’est ça qui est bien. Du coup, ça nous pousse vers le haut. Mais, du coup, cette mentalité qu’on a dans le hip hop de concurrence, de compétition, elle est très présente chez nous. Donc, oui, je pense que le live, c’est un point très fort chez nous.
Même, pendant un moment, ça nous a même porté défaut, parce qu’on a fait pas mal de tremplins, on n’a jamais gagné d’ailleurs. Mais, ce qui revient souvent c’était ‘en live c’est super, c’est très très bien, mais du coup, quand on va vous écouter en studio, on est un peu déçu par rapport à ce qu’on vu sur le live.
L’enjeu, qu’on est en train, qu’on arrive à … enfin, notre enjeu, c’était de rééquilibrer cet écart-là qu’il y avait entre les deux.”
Eis : “L’énergie qui est en live, la retranscrire en studio
Taju : “ Et puis surtout, il y a ce truc de ‘pour que les gens viennent en live, il faut qu’ils aient aimé le studio de toute façon. Donc, lui nourrit l’autre.
Moi, personnellement, je préfère le live. Je vis pour le live.”
Eis : “Moi, c’est studio, malheureusement. Après, je fais toutes les prods et tout, donc au final, je passe plus de temps là bas aussi, donc le studio en vrai pour moi.”
Shams : “Moi, les deux ! oui/non/je sais pas, tout le temps !”
Média Selecta Bisso : “Vous êtes allés en studio puisque vous avez sorti il n’y a pas très longtemps le single ‘Les vrais OG dansent’. Donc vous retranscrivez aussi l’énergie sur scène ‘la danse’ aussi au studio ?”
Deen CK : Eis : “Exactement ! C’est des choses de direction artistique aussi. On a galéré à trouver le nom. D’’ailleurs, la personne qui a trouvé le nom se trouve ici-même, c’est la compagne de Shams, qui a trouvé un très bon nom au final.
Pour le coup, ça c’est un son un peu intimiste. Il est quand même un peu dansant, mais ce n’est pas celui avec le plus d’énergie. Donc, c’est intéressant de le retrouver, même dans le champ lexical, qu’il y a de la danse même quand c’est plus introspectif.”
Média Selecta Bisso : “Avez-vous un projet en préparation actuellement ?”
Deen CK : Taju : “Oooooh que ouiii ! Oui, justement, là on est sur les finitions, mais si tout se passe bien, ça devrait sortir fin 2026.
On est super excité, on a tourné les visuels… tout est en finalisation quoi ! Du coup, je ne peux pas donner de date là maintenant, parce que voilà. Mais, moi j’ai mon retro planning dans ma tête donc j’ai une date en fait.
Mais, on ne sait pas de quoi est fait demain, mais je pense que peu après la rentrée, ça devrait être bien je pense.”
Média Selecta Bisso : “Est ce que la musique est un exutoire pour vous ?”
Deen CK : Taju : “Oh que oui !”
Shams : “Ah oui, oui !”
Eis : “Oui, et particulièrement même. En général, le monde se dit ça dans son propre art, c’est exutoire et tout. Mais je trouve que nous, particulièrement, ça a été le cas parce que le fait d’être triplé, c’est vraiment pas anodin, dans nos vies et dans la façon dont on s’est construit.
Il y a eu beaucoup de relations conflictuelles, même encore aujourd’hui, c’est le feu un peu. La tension peut très vite monter, comme très vite descendre, mais ce que je veux dire, c’est que ça a permis vraiment d’équilibrer à quels moments on pouvait se mettre d’étayer les choses, à quels moments on débordait trop ect. Je trouve que même au-delà de l’exutoire, que même personnellement, de moi à moi-même, nous dans le groupe et dans nos relations fraternelles, ça nous a permis de ‘trouver sa place’, ce qui nous distingue l’un de l’autre et les relations un peu complémentaires. La musique nous a vraiment apaisé, je pense.”
Média Selecta Bisso : “Un dernier mot, un message à faire passer ?”
Deen CK : Taju : “Merci le Rose Festival. Nous, c’est DEEN CK, suivez-nous pour ceux qui ne nous suivent pas. Comme j’ai dit, ça va arriver très vite, surveillez le ciel comme ils disent tous !
Le trio DEEN CK est la preuve que la musique gagne en force lorsqu’elle est partagée avec le cœur. À travers cet échange authentique après leur passage sur la scène du Rose Festival, Shamsdeen, Eisdeen et Tajudeen nous ont ouvert les portes de leur univers : une alchimie fraternelle forte, un respect mutuel des rôles et une curiosité musicale sans frontières. Porté par cette complicité unique et une détermination sans faille, le trio toulousain a tout pour s’imposer durablement dans le paysage artistique français. L’aventure ne fait que commencer pour eux, et on a déjà hâte de découvrir la suite. Un grand merci aux DEEN CK pour leur disponibilité et leur bonne humeur, et restez branchés sur leur réseaux sociaux (ICI) pour ne rien manquer de leurs prochains projets !
Big up au Rose Festival et à la team Suzette pour l’opportunité et la confiance !
Questions : @vavacaz
Photos : @oceb.raw



