À l’occasion de l’inauguration de la fresque street art signée CEET et KEYS (aka Moncu!) sous le Pont des Demoiselles à Toulouse, nous avons eu l’opportunité de rencontrer un artiste au parcours aussi surprenant que sa musique : Chat Chinois, un rappeur engagé, aussi à l’aise en langue française qu’en mandarin.
Le vendredi 26 septembre 2025, à deux pas de la célèbre basilique Saint-Sernin, nous avons retrouvé cet artiste pour une interview exclusive. Entre hip-hop, culture chinoise et engagement écologique, Chat Chinois nous a partagé son parcours atypique, sa vision de la musique et ses projets à venir.
- Interview à découvrir juste en dessous :
Média Selecta Bisso : “Hello Chat Chinois, merci de nous accorder de ton temps. Tu es un artiste à l’univers unique, au parcours atypique. Peux-tu te présenter ?”
Chat Chinois : “Bonjour, merci à toi ! Alors, je m’appelle donc Chat Chinois, je suis un artiste effectivement un petit peu atypique parce que j’ai cette faculté de pouvoir rapper en chinois. J’habite Toulouse depuis 7 ans. Ville que je découvre petit à petit et dans laquelle je propose mes œuvres artistiques, mes concerts et justement ce côté rap ‘France-Chine’, avec des textes très engagés aussi, notamment dans la transition écologique.”
Média Selecta Bisso : “Quelles sont tes influences et quel est ton univers ?”
Chat Chinois : “Alors mes influences… Déjà, il y a mon grand frère ‘Sashem’ comme on l’appelait dans le passé. Il habite Toulouse depuis très longtemps. Sinon, mes influences sont surtout françaises. J’ai beaucoup d’amour pour le texte français, la langue française, les mots, leur gymnastique, leur rythmique. Donc, je vais citer des artistes comme Oxmo Puccino, évidemment, Mc Solaar, I AM – du temps de ‘l’école du Micro d’Argent’, des rappeurs comme Rocé que j’aime énormément parce que je trouve qu’ils ont cette plume précise. Et je trouve que cette plume précise est souvent plus forte que le reste. J’aime bien quand les mots sont forts et tapent juste.”
“Mon univers, alors je suis très très influencé par cette génération de rappeurs-là. Moi, je suis né dans les années 80, donc j’ai aussi énormément écouté d’artistes U.S. Je ne vais pas tous les citer mais j’ai été biberonné à Notorious BIG, Nas et autre Jay-Z. Mais, je suis parti très tôt dans ma jeunesse en Chine, et du coup, l’apprentissage du Mandarin, du Chinois, m’a orienté vers une culture asiatique. Donc, comment dire, j’ai une espèce d’univers un petit peu hybride, entre plusieurs civilisations, si j’ose dire.”
Média Selecta Bisso : “L’écologie a une grande place dans ta vie. Tu es cofondateur de l’association ‘Music Declares Emergency’ France. Peux-tu nous expliquer votre fonctionnement et quelles sont vos actions ?”
Chat Chinois : “Je suis effectivement cofondateur et coprésident de l’association ‘Music Declares Emergency’ France. C’est une association Loi 1901 qui a pour objet de travailler à la transition écologique dans la filière musicale. Donc, la filière musicale, c’est divers et variés corps de métiers : la production, la distribution, la diffusion, l’incarnation artistique aussi. Donc, ce qu’on essaie de faire : on a des objectifs assez précis. On fait énormément de sensibilisation, on a créé ce qu’on appelle la ‘Fresque de la Musique’. C’est un travail qu’on a mené pendant 2 ans, en partenariat avec d’autres associations. Je pense à une notamment, qui s’appelle ‘Music For Planet’, qui est à Bordeaux, et dans laquelle on va pointer les enjeux climatiques et aussi les enjeux dans la biodiversité dans les modes de production actuels de la musique.
“L’idée, c’est de sensibiliser autour du fait qu’on ne va pas pouvoir continuer éternellement comme on agit à l’heure actuelle. Donc, il y a ce modèle de sensibilisation”.
“On fait beaucoup d’interventions dans les festivals, dans les villages d’artistes. On a travaillé notamment en collaboration avec le festival ‘We Love Green’, où on est intervenu dans les villages d’artistes, pour sensibiliser les artistes et leur entourage professionnel à la question de la transition.”
“On travaille aussi sur un modèle : on a été financé par le Ministère de la Culture sur un projet qui s’appelle ‘les Circuits Courts’ où on a, pendant 3 ans, la tâche et la mission de faire des tournées expérimentales qui se veulent le plus bas carbone possible. Avec des objectifs de mutualisation entre les structures, entre les différents lieux de diffusion et un élargissement, si j’ose dire, des prérogatives des parties prenantes. C’est à dire que vous n’êtes plus simplement qu’un simple fournisseur d’une grande chaîne, mais vous faîtes partie d’un tout et vous devez en prendre conscience. Et on doit réfléchir ensemble, à ce qu’on peut faire ensemble pour mieux faire, mieux produire et mieux agir”.
Média Selecta Bisso : “Dans ton dernier clip ‘Intention’ (visible ICI), tu mets en avant l’océan, la beauté de la nature. Mais tu dis aussi que ‘la France te fait peur’, que tu n’es pas sûr de vouloir marcher sur les traces de tes ancêtres. Comment vois-tu l’avenir au niveau humain, écologique et musical ?”
Chat Chinois : “ça c’est une bonne question ! Elle est dure celle-là ! Comment je vois l’avenir ? Déjà, j’ai fait ce clip effectivement à Biscarrosse, sur les côtes landaises, entre Biscarrosse et la Dune du Pilat. C’est un lieu qui m’est cher, puisque j’ai ma famille qui y va en vacances depuis toujours, depuis des décennies et des décennies. D’avoir vu la forêt brûler en 2022, ça m’a arraché le cœur, pour être tout à fait honnête. Donc, je voulais en parler et je voulais montrer. C’est tellement immense, que là, on ne peut pas faire comme si de rien n’était. Quand on passe par la Dune du Pilat jusqu’à Biscarosse, on traverse la forêt complètement brulée, donc on ne peut pas faire comme si on n’avait rien vu. »
« Comme je vois la musique… Celles et ceux qui composent la musique : les artistes, dans l’avenir, je pense que ce seront un peu comme j’essaye de le faire. Après, bon, je le dis ça de manière tout à fait modeste et je ne dis pas que je suis forcément un exemple en la matière, mais je pense qu’il faut être Artiste-Citoyen. Je pense qu’il faut faire plus que simplement faire de la zik, passer et faire kiffer les gens. Je crois qu’il faut reprendre, dans le rôle de l’artiste, son rôle de transmetteur de messages, transmetteur de savoirs. ll faut s’occuper de la jeunesse. Il faut essayer de faire du sens. Je crois que ces personnes là, qui feront ça, qui auront l’habitude justement de mutualiser – je te parlais de mutualisation – ben, peut être qu’elles survivront mieux à un monde où on sera plus en galère au niveau des ressources. »
Média Selecta Bisso : “Du coup, as-tu des ambitions politiques ? Je fais un petit peu référence à ton dernier son “Aux larmes” (écoutable ICI) »
Chat Chinois : “[Rires] Ben écoute, tu vois, je ne me refuse jamais rien. j’ai toujours été guidé par mon cœur et par mon âme, et mon instinct. Je suis parti en Chine presque sur un coup de tête.”
“Franchement, si demain j’ai la possibilité de récupérer la Mairie de Toulouse, je la récupère ! Et j’ai presque envie de te dire qu’il y a de la place en ce moment, t’as pas l’impression ?”.
« En France, en règle générale, quand on regarde nos politiques, on a presque envie de se dire : ‘même nous, on peut y aller’. D’ailleurs, il serait peut être temps qu’il y ait des mouvements citoyens pour y aller justement !”
“Donc, pour l’instant, je mets l’accent sur la musique : le projet Chat Chinois, faire du lien avec la Chine. Parce que c’est important pour moi, c’est un pays que j’affectionne particulièrement, je suis marié avec une chinoise, j’ai des enfants franco-chinois, donc c’est un peu mon identité aussi. Mais le jour où il faudra un peu changer, pourquoi pas, un peu de politique oui. De toute façon, tout ce que l’on fait est politique”.
Média Selecta Bisso : “Maintenant, un sujet un peu plus léger. Tu étais à l’inauguration de la fresque de CEET et KEYS sous le Pont des Demoiselles il y a quelques jours (article à lire ICI). Est-ce que tu es aussi touché par le graff ? Est-ce une autre corde à ton arc ?”
Chat Chinois : “Alors, je n’ai jamais fait de graff moi-même, mais j’ai toujours squatté et traîné avec des graffeurs. Je me souviens d’un graffeur, d’une des références que j’avais quand j’étais plus jeune, c’était Trane, je sais pas si tu as entendu parler de Trane. Il était dans toutes les villes, toutes les gares. Dès que je prenais le RER, le train, que j’allais à Marseille, à Montpellier, je voyais toujours des ‘Trane’ à droite, à gauche.”
“J’ai énormément de respect pour les gens qui, de toute manière, habillent de couleurs les murs austères de nos villes. Je pense que j’ai été très touché par la fresque de Fouad (CEET) et de Moncu! (KEYS) sous le Pont des Demoiselles à Toulouse. J’ai trouvé que c’était chan-mé, ça embellit en fait. Donc big up ! Merci ! Et puis, ils nous ont permis de faire une collaboration, grâce à mon manager Pierre Parisot. On a réussi à faire une collaboration avec Fouad, où j’ai chanté le Chat Chinois, puisqu’on est un peu connectés sur les univers asiatiques justement. Donc, c’était trop cool. Big Up à eux et un grand merci !”
Média Selecta Bisso : “Revenons à la musique. As-tu des actus ? Prévois-tu des featurings ?”
Chat Chinois : “Oui, j’ai des actus. Je viens de sortir, la semaine dernière, ‘Aux larmes’. Un morceau qui est un peu fort de café, et j’enchaîne très très vite, le 10 octobre. En fait, il y a une espèce de double événement, parce que je fais un concert à Samba Résille, qui est financé par la Mairie de Toulouse dans le cadre du projet ‘Le Mois du Monde’. En fait, tous les ans, la Mairie de Toulouse donne un peu d’argent pour promouvoir des cultures qui viennent d’ailleurs et qui résident ici à Toulouse. Moi, comme j’incarne beaucoup la culture chinoise, ils ont accepté que je fasse mon projet. Donc, je vais parler de la gastronomie chinoise. On va faire goûter des pâtes et on va en parler avec les publics qui seront présents. On va bien manger ! Après, je vais jouer mon spectacle dans lequel s’intègre du rap chinois. Donc, ça c’est le 10 octobre [2025] à Samba Résille. Venez nombreux, nombreuses ! Le même jour, je sors un morceau qui s’appelle ‘Tofu’. Le tofu en Chine est très important et là c’est un gros gros rap chan-mé. Les gens qui aiment le rap vont kiffer, c’est sûr !”
“Des featurings…écoute, j’en cherche ! A bon entendeur ! Moi, j’aimerais bien poser des feats avec des rappeurs ou des rappeuses de Toulouse, des chanteurs, des chanteuses. Pour l’instant, je n’ai pas de featurings. J’ai pas prévu d’en faire, mais si l’opportunité se présente… Il y a plein d’artistes que j’aime à Toulouse et avec lesquels j’aimerais bien bosser oui. Et d’ailleurs, pas qu’à Toulouse”.
Média Selecta Bisso : “Aurais-tu un feat. de rêve ?”
Chat Chinois : “Un feat. de rêve : Oxmo Puccino !”
Média Selecta Bisso : “La dernière question est toujours une question hors-sujet, juste pour le kif. Tu as passé plusieurs années en Chine, pourrais-tu citer 3 choses que tu préfères en Chine par rapport à la France ?”
Chat Chinois : “La première : le fait que la rue en Chine soit un vrai lieu commun. Dans le sens où quand vous vous baladez en Chine, dans les rues, vous pouvez acheter vos légumes dans la rue, vous pouvez vous faire couper les cheveux dans la rue, vous pouvez vous asseoir et manger des brochettes, vous voyez ce que je veux dire. Là, on est en centre-ville [de Toulouse], il y a du monde évidemment, mais en fait en Chine, partout dans la rue il y a une vie. C’est un peu… c’est des blédards quoi, tu vois ce que je veux dire. C’est moins normé. Donc, j’ai senti une forme de liberté que je ne retrouve pas forcément dans nos rues commerçantes françaises, où tout est normé, tout est cadré.”
“Deuxième truc : Franchement, la langue. Je ne la compare pas à la langue française, c’est incomparable, mais la langue chinoise est magnifique. C’est poétique, c’est cosmique, c’est … je sais pas comment vous dire, c’est artistique. J’ai adoré ça”.
“Et je vais finir par ce que j’aurais dû commencer par faire : la bouffe, la nourriture chinoise…alala …Number one in the world, for sure ! C’est incroyable. Ils ont une telle diversité de savoir-faire, de cuisine : au wok, à la vapeur. Ils font des pâtes, des soupes, ils cuisinent vite ! Vous arrivez dans un restaurant chinois, en une minute vous êtes servis ! Franchement, énorme respect. Si je devais choisir, je choisirais la nourriture chinoise, même si j’ai beaucoup de respect pour mon pays et ce qu’on est capable de faire ici”.
Média Selecta Bisso : “Un dernier mot, un message à passer pour finir cette interview ?”
Chat Chinois : “Ouais, un petit dernier message : Toulouse, regardez-moi bien grandir, parce que très bientôt, on va faire des trucs de ouf ensemble. Mais vraiment des trucs de ouf. Parce qu’en fait, c’est là dedans que ça se passe [pointe son index sur le côté de son crâne]. Je suis sûr et certain que ça va cher-mar à mort ! Salut [peace].
Un grand merci à Chat Chinois pour cet échange riche et complet. Pour le découvrir en live, voici lien (ICI) vers la soirée MUSIC & CHINESE FOOD organisée le 10 octobre 2025 à Samba Résille en partenariat avec la Mairie de Toulouse et le festival Made in Asia.
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