Après un simple contact sur Instagram, CEET, la légende du graffiti, a eu la gentillesse de nous accorder une interview. Il nous a invité chez lui, à quelques kilomètres de Toulouse. Dans une ambiance vraiment très cool, le créateur du « Poulet Chicanos » a pris le temps de nous faire visiter son bel espace artistique, et nous a même invité à déjeuner. Nous avons partagé un … poulet ! Un vrai poulet fermier cette fois, élevé chez lui et cuisiné par sa mère (à qui on envoie du love). CEET est un artiste aux multiples talents, à la carrière longue et riche. L’interview ci-dessous – du vendredi 15 août 2025 – vous permettra de découvrir son histoire, son univers artistique et quelques grandes étapes de son parcours. Enjoy !
CEET : « CEET première [Clap] ! Toulouse ! selectabisso.com, vous êtes les bienvenus ! Allez sur le site, c’est un site de baskets, ça déchire ! On compte sur vous ! Love »
Selecta Bisso : “Salut CEET, merci de nous recevoir dans ton bel atelier. Tu es né en Algérie au début des années 70, tu es arrivé à Toulouse à tes 7 ans et tu es parti en Chine/Hong Kong à tes 30 ans. Peux-tu nous expliquer ton riche parcours ?”
CEET : “Je suis né à Oran en Algérie, et je suis d’origine marocaine. Je suis né en 1971 et je crois en Jésus Christ. Non, je plaisante ! Là ça va partir en couilles, c’est sûr (rire).
Ouais, donc j’ai commencé le graffiti dans les années 80, je viens de la culture hip-hop. Moi, je suis né avec H.I.P H.O.P, Olivier Cachin, Rapline tout ça, je me suis nourri de ça. A l’époque, il y avait la Zulu Letter. C’était une reine Zulu qui s’appelait Queen Candy qui faisait une sorte de petit magazine en noir et blanc, qu’elle vendait 20 francs à l’époque. Il fallait qu’on envoie un chèque et on recevait le magazine en noir et blanc, que nous même on pouvait faire …enfin qu’elle même, elle imprimait avec son imprimante et l’envoyait aux abonnés de la Zulu Nation. J’étais pas de la Zulu Nation mais j’aimais bien ça. Moi, j’avais les Kangol, j’avais la carte de l’Afrique, j’étais super hip-hop. A l’époque, j’avais des cheveux et la coupe à la Bobby Brown là tu vois, avec les ‘escaliers’. Après voilà, j’ai fait du graffiti à Toulouse, j’ai fait un peu le tour du monde, j’ai découvert l’Asie et je me suis installé là-bas depuis 23 ans. C’est là où est né mon ‘poulet’.”
Selecta Bisso : “Justement, ton graf signature le ‘poulet chicanos’, comment est-il né ?”
CEET : “En fait, c’est vraiment un problème de communication en Chine. En fait, c’est vraiment pour délirer. Moi, je viens de la culture graffiti et dans le graffiti, on fait des lettrages, et aussi des personnages. J’étais plus spécialisé dans les personnages depuis très longtemps. Je faisais des diables, des b-boys, j’ai tout fait. J’ai même eu une marque de vêtements qui s’appelait ‘El Camion’.
J’étais plus attiré par les personnages que les lettrages et en fait, le jour où j’ai dessiné dans un coin de table ce poulet, ça a été une révélation pour moi. J’ai voulu manger du poulet et avec les chinois, impossible de communiquer, donc je l’ai dessiné. Au final, je me suis dit ‘bon, je vais délirer dessus’, avec ce personnage qui est un peu marrant, avec ses gros yeux. Je l’adapte dans mes toiles, dans les murs, je fais des scènes, je fais des toiles abstraites. J’essaie de l’utiliser à fond dans différentes positions, différentes situations, parce que pour moi, il n’y a pas de limites. Le thème, c’est le poulet, mais j’essaie de rajouter des personnages, des potes, de le mettre dans des villes. Pour moi, il représente un personnage. C’est un poulet, mais ça peut être un être humain, donc j’essaie de le faire voyager partout dans le monde entier. J’adore faire des fresques, des fresques de plus en plus grandes, ça c’est mon truc, parce que, plus c’est grand pour moi, mieux je m’exprime. Et voilà, donc le poulet est né en Chine.”
Selecta Bisso : “Tu as créé dans résidence d’artistes ‘Jardin Orange’, peux-tu nous en parler ?”
CEET : “Ouais. Alors ‘Jardin Orange’ est aujourd’hui en stand-by, parce que j’ai ma partenaire qui a des problèmes de santé, mais c’est un projet qu’on a monté avec ‘Jardin Rouge’ à Marrakech, qui est devenu Montresso, avec un ancien ami qui gérait et gère toujours ‘Jardin Rouge’ et Montresso. On avait la collaboration de se dire qu’un jour on monterait ‘Jardin Jaune’, lui son rêve c’était de créer une résidence en Chine.
En fait, quand j’ai eu l’opportunité de créer ce grand studio, qui est énorme, un building de 5 étages, au lieu de l’appeler ‘Los Chicanos’, j’ai dit : “Tiens, je vais penser à mon pote qui m’a vachement aidé dans ma carrière artistique, qui est un peu mon mécène et tout ça, et pour lui rendre la pareille, je lui ai dit qu’on allait le créer ce ‘Jardin Jaune’”. Sauf que la couleur jaune, c’est la couleur de la prostituée, donc on a dû l’appeler ‘Jardin Orange’. On devait faire une collab ensemble, mais avec le galeriste d’abord, on s’est pas trop entendu. Il y a une personne là-bas qui a empêché de développer le truc, mais voilà, c’est des choses qui arrivent. L’humain est spécial.”
Selecta Bisso : “Tu reviens au bercail, tu vas faire un live painting au MEETT de Toulouse pour le salon de l’auto-moto. Est-ce que tu peux nous parler de cette actu et de tes autres actus ?”
CEET : “Alors, j’ai plein d’actus. Là, je dois rentrer dans 10 jours en Chine pour faire une grosse façade, un gros mur. J’ai 2 gros murs à faire en Chine. Ensuite, je reviens ici, je dois faire le MEETT. Ensuite, je vais à la commune de Gimont, je dois faire un mur aussi là-bas, ensuite je fais un mur au Pont des Demoiselles, l’inauguration est le 12 septembre (2025). Ensuite, je dois préparer mon exposition pour Singapour, qui est en novembre. Je prépare ensuite une grosse exposition à Shanghai et j’ai un projet en Roumanie dans un musée. Je travaille sur un long métrage avec Universal Studios qui va sortir, j’espère, au cinéma dans 2 ans ou 3 ans. Qu’est-ce-que j’ai d’autre … je viens de sortir ma boutique en ligne, j’ai plein d’autres trucs.
J’ai mes galeristes, plein de gens avec qui je travaille qui me rabattent des projets. Après, j’ai un projet de bande dessinée et je prépare mon prochain bouquin, voilà. Je pense que c’est bon.”
Selecta Bisso : “ Tu apprécies les autres domaines artistiques de la street culture, comme la musique, la danse ?”
CEET : “Moi, j’ai commencé par le breakdance. On mettait les cartons. A l’époque, on appelait ça le Smurf. On avait les gants blancs, on mettait les k-way et on mettait les élastiques, on avait les casquettes à l’envers. On était des ados, on essayait de tourner et on faisait les petits concours de breakdance. Bon, moi j’étais très très très mauvais, donc je ne suis pas resté trop longtemps. Je ne me suis jamais essayé au rap, parce que je me suis dit que peut-être plus tard je chanterai, et là, je prépare un album “C’est pas facile, c’est difficile”, je vous le ferai écouter tout à l’heure !”
Par contre, j’ai découvert le Djing, là j’adorais. J’ai toujours adoré la musique et tout. Comme je trainais avec 2 ou 3 Djs, j’aimais bien aller dans les soirées. Je me suis fait pote avec Leitmotiv records, à l’époque, et on a monté un collectif qui s’appelait ‘La Discomobile’. On avait tous les meilleurs Djs de Toulouse, en hip-hop je parle. Après, on a rajouté 1 ou 2 Djs Dancehall Reggae. On faisait des grosses soirées qui s’appelaient ‘Les soirées Discomobile’. C’étaient les soirées ‘Louis de Funès’. Donc, au premier étage ou à un endroit, on projetait un film de Louis de Funès.
En fait, c’était parce que nous, à l’époque, le problème qu’on avait, c’était que si on était trop connotation hip-hop, il y avait tous les gars des quartiers qui venaient. Moi, j’ai grandi dans un quartier, c’est mes potes, mais le problème c’est qu’avec l’alcool, les maghrébins ou les renois et tout ça, ils ont du mal à tenir l’alcool, donc ça part en couille de suite. Donc, c’est vrai que nous, on acceptait tout le monde mais il y avait souvent des problèmes. Nous, nos soirées, on voulait pas qu’il y ait des bagarres et tout, parce que c’était vachement festif, c’était positif, c’était hip-hop tu vois. Et c’est vrai qu’il y avait toujours 1 ou 2 gars qui arrivaient et qui foutaient la merde. On se retrouvait avec des bagarres et tout, et depuis, on faisait des connotations un peu plus ‘hip-hop marrant’. Donc les mecs plus ‘hip-hop lascars’ ils disaient ‘mais c’est quoi ces soirées bidon ?! On n’y pas pas !’. Alors qu’avant, ils mettaient les meufs un peu R’nB, avec les gros seins, les trucs comme ça et les mecs ils étaient là ‘Wow’, les crevards avec les dents comme ça, ils arrivaient et avec un peu d’alcool, ils allaient toucher une meuf… des ‘animals’. Je les appelle des ‘animals’ parce que c’est au-dessus des animaux, tu vois.
Et au final, on a créé des soirées ‘Louis de Funès’ et c’était magnifique ! Pour moi, c’était la meilleure période de ma vie, dans le hip-hop et tout, c’est quand j’étais à Toulouse et qu’on essayait avec ce collectif, parce qu’on faisait des soirées de fou. Et moi, j’adore les soirées. C’est pour ça que je continue, encore à 54 ans, à faire encore des soirées. Pour moi, je veux pas que ça s’arrête, c’est ça le problème. Quand tu as une passion, tu veux pas que ça s’arrête en fait, voilà. Dans tout. Le sport, t’as pas le choix.
Moi, je rêvais de faire footballeur professionnel, comme tous les gamins. Mais le corps s’arrête à un moment. La boxe aussi, je faisais beaucoup de boxe à un moment, mais bon, quand tu prends 2 ou 3 coups, à un moment, tu ne peux plus les rendre. Donc, ça s’arrête. Mais le Djing, tu peux. Après moi, j’ai une culture musicale énorme maintenant, franchement sans prétention, je peux mixer dans toutes les soirées. Que ce soit la house, afro, hip-hop, afro-beat, jazz, n’importe quoi. Dès que j’ai l’opportunité de faire des expositions, à New York ou ailleurs, on me câle des soirées. Les galeristes sont souvent des potes qui tiennent des bars. Mais moi, je me retrouve pas dans des gros clubs, je ne suis pas un nom qui va attirer tout le monde, mais au moins je m’éclate. Et c’est le but. »
Selecta Bisso : “Tu connais du monde, tu es populaire, et tu as pu faire des collabs. Peux-tu nous en parler ?”
CEET : “Ouais, en fait les collabs, elles ont démarré … d’abord, moi, j’ai été sponsorisé avec le collectif [La Discomobile] par adidas, pendant quelques années. Ça nous a permis de faire des tournées en Europe, des tournées aux Etats-Unis et tout ça.
Ensuite, les collabs ont vraiment démarré quand j’ai créé mon personnage : le poulet [Chicanos]. J’avais mon identité, les gens me reconnaissaient par rapport à ça et en même temps, moi, j’ai pas cherché à faire des collabs. C’est le gens qui viennent vers moi et me disent ‘On verrait bien un de tes poulets sur notre marque de vêtements’.
Après, je fais un peu attention à ce que je fais. J’ai refusé par exemple une compagnie comme Heineken, parce que je bois pas d’alcool. Non, c’était pas Heineken, c’était les cigarettes euh.. je me souviens plus du nom. Enfin, bref, j’ai pas voulu la faire parce que je bois pas, je fume pas. Donc, ça va pas trop dans ce que je fais, quoi. Je vais pas me faire attirer par l’argent avec un truc de cigarettes, donc j’ai pas fait. Sinon, j’ai fait Prada, des collabs avec adidas, j’ai fait Fila, j’ai bossé un peu pour Hermès avec un ami … des collabs j’en ai fait plein.”
Selecta Bisso : “Et c’est un truc qui te plaît, que tu aimerais un peu plus développer ?”
CEET : “Ouais j’aime bien, parce que c’est un autre support. Souvent les marques avec qui je travaille, elles ont une aura énorme et ça me permet que mes poulets ne s’arrêtent pas qu’à un réseau social ou un petit mur dans un coin, mais à être diffusés partout. Les gens viennent et découvrent mon art.
Mon but à moi, c’est que mon art, et ce que je fais, soient diffusés dans le monde entier, et que le maximum de gens puissent les voir. Parce que je voudrais en faire profiter un maximum de gens. Me retrouver tout seul dans mon studio et tout, c’est cool. Maintenant, on a les réseaux sociaux, mais à l’époque, il n’y avait pas les réseaux sociaux. Il fallait que les gens viennent voir ton art ou aller dans une exposition et tout. C’était sympa, mais maintenant, avec les réseaux sociaux, on peut toucher la planète. Et moi, mon but à moi, c’est que mes poulets soient dans le monde entier.”
Selecta Bisso : “Est-ce que tu aimerais voir un de tes poulets sur des sneakers, par exemple ?”
CEET : “Mais, j’ai fait Fila. Ouais, j’ai déjà eu Fila : une paire de baskets avec une peluche. Ils ont mis une peluche sur le truc. Mais ouais, après faire une collab spécifique avec Nike ou adidas, des trucs comme ça, ouais bien sûr. Puma aussi, Puma, c’est super hip-hop.”
Selecta Bisso : “On finit toujours avec une question plus légère. Alors, tes œuvres sont très colorées, as-tu une couleur préférée ou une couleur que tu ne peux plus voir ?”
CEET : “Moi, j’utilise pas trop les couleurs pastels par exemple tu vois, dans mes trucs. Rarement, j’utilise des couleurs pastel. Mais, il y a toujours des couleurs qui reviennent chaque fois : le rose, le bleu, le jaune. C’est les couleurs basiques. Sinon, je suis ouvert à tout. Peut être qu’un jour j’aurais un mood de faire une toile un peu plus pastel, un peu plus légère et tout, mais pour l’instant, je veux vraiment affirmer mes couleurs et mon personnage. De façon à ce que les gens quand ils les voient, quand ils passent en voiture ou rapidement en train, ils reconnaissent avec mes couleurs et qu’ils se disent : ‘Ah, c’est lui !’
Merci à CEET pour son super accueil ! Nous avons passé un moment d’exception en sa compagnie. Nous nous sommes régalés en l’écoutant retracer son parcours, en découvrant des objets cultes et rares, en en apprenant toujours plus sur la street culture. CEET est une légende qui perdure, avec une actualité de haut niveau. Go follow CEET sur les réseaux, si ce n’est pas déjà fait ! (compte insta ICI)



