Du 21 octobre 2026 au 14 février 2027, le Palais de Tokyo consacre une exposition monographique à Valérie John intitulée « I telman nwè ki i blé (Si noir que cela en devient bleu) ». À travers l’indigo, l’artiste martiniquaise explore la mémoire, les identités, les corps et les récits transatlantiques dans un parcours reliant notamment la Martinique et l’Afrique de l’Ouest.
Assemblages de papiers et de textiles, installations, vêtements, objets et livres composent cette exposition où le bleu se transforme progressivement, allant des tonalités les plus profondes jusqu’à un noir intense.
Plus qu’une couleur, l’indigo devient ici une matière à travers laquelle Valérie John interroge les traces du passé et les mémoires qui construisent les identités contemporaines.
« I TELMAN NWÈ KI I BLÉ » : SI NOIR QUE CELA EN DEVIENT BLEU
Le titre de l’exposition donne immédiatement le ton.
« I telman nwè ki i blé », traduit par le Palais de Tokyo par « Si noir que cela en devient bleu », évoque le passage presque imperceptible entre deux couleurs.
Cette frontière entre bleu profond et noir traverse l’ensemble du projet.
Au Palais de Tokyo, Valérie John déploie ainsi un nuancier d’indigo dont les différentes tonalités portent de multiples significations.
L’INDIGO COMME MATIÈRE DE MÉMOIRE
Dans le travail présenté, la couleur est associée à l’eau, au deuil, à la mémoire transatlantique, à la réparation et à l’altérité des corps.
Ces différents thèmes ne sont pas abordés séparément.
Ils se croisent à travers les matériaux, les objets collectés et les assemblages réalisés par l’artiste.
L’indigo devient alors un lien entre les œuvres mais également entre plusieurs territoires et différentes strates de mémoire.
UNE EXPOSITION QUI RETRACE PLUS DE TROIS DÉCENNIES DE CRÉATION
« I telman nwè ki i blé » revient sur le travail développé par Valérie John depuis les années 1990 et sur son retour en Martinique.
L’artiste y fait le choix d’établir ce qu’elle nomme son « atelier-œuvre ».
Cette installation en Martinique constitue, dans le récit de l’exposition, un véritable engagement artistique : celui de créer en immersion dans son environnement et de travailler directement avec la mémoire translocale du territoire.
La construction identitaire n’y est pas présentée comme quelque chose de fixe, mais comme un processus en mouvement.
DE LA MARTINIQUE À L’AFRIQUE DE L’OUEST
Cette recherche s’inscrit dans un parcours plus large.
Depuis le début des années 1980, Valérie John développe un travail entre la France et l’Afrique de l’Ouest, notamment autour des questions de mémoire et de ses différentes strates.
L’artiste vit encore en partie au Sénégal, où son rapport à l’indigo s’est également nourri d’un apprentissage artisanal de la teinture.
Cette expérience devient l’une des composantes de son langage plastique.
LE PAGNE COMME OBJET ET COMME TRACE
Les textiles occupent naturellement une place importante dans cette recherche.
Le pagne fait notamment partie des objets à partir desquels Valérie John travaille la mémoire et ses différentes couches.
Mais le textile n’est jamais isolé.
Il dialogue avec des papiers, des livres, des documents et différents objets collectés puis transformés par l’artiste.
Ces éléments deviennent les fragments d’histoires qui peuvent être assemblées, recouvertes, écrites puis révélées à nouveau.
UN ART DU PALIMPSESTE
Le Palais de Tokyo décrit ainsi la pratique de Valérie John comme un art du palimpseste.
La notion est essentielle pour comprendre son travail.
Comme un texte ancien dont certaines traces subsistent sous les écritures plus récentes, ses œuvres accumulent différentes couches de matières, de récits et de mémoire.
Le réemploi, l’écriture et le dévoilement progressif des épaisseurs constituent les outils de cette méthode.
Les matériaux possèdent ainsi une histoire avant même leur transformation en œuvre.
TEXTILES, PAPIERS, LIVRES ET DOCUMENTS SE TRANSFORMENT
Valérie John collecte des textiles, livres, papiers et documents qu’elle réemploie et transfigure.
Ces fragments individuels rejoignent alors une histoire collective plus large.
L’artiste ne cherche pas simplement à conserver ces éléments comme des archives : elle les transforme afin de faire émerger de nouvelles relations entre eux.
Cette manière de travailler permet aux récits individuels, territoriaux et transatlantiques de se rencontrer.
« S’OUVRIR À TOUTES LES MÉMOIRES À TISSER »
Cette démarche rejoint une réflexion formulée par Valérie John elle-même.
Pour « se vouloir anthropologue de soi-même », explique l’artiste dans les propos repris par le Palais de Tokyo, il faut « s’ouvrir à toutes les mémoires à tisser ».
La formule résume une grande partie du projet.
L’identité personnelle n’est pas envisagée indépendamment de l’histoire collective. Elle se construit à travers les lieux, les transmissions, les objets et les mémoires rencontrées.
Le tissage devient alors aussi bien une technique qu’une manière de penser les identités.
UNE EXPOSITION PENSÉE COMME UNE TRAVERSÉE
Au Palais de Tokyo, les œuvres investissent différentes dimensions de l’espace.
Les assemblages, installations, vêtements, objets et livres sont disposés sur les murs, au sol ou suspendus.
Le visiteur ne découvre donc pas simplement une succession d’œuvres accrochées.
Il pénètre dans un environnement où les matières et les nuances d’indigo construisent une véritable traversée.
Le Palais de Tokyo la décrit comme « crépusculaire », nourrie par l’environnement insulaire martiniquais.
L’IDENTITÉ COMME CONSTRUCTION EN MOUVEMENT
Derrière la puissance visuelle de l’indigo, l’exposition aborde finalement une question plus large : comment les mémoires participent-elles à la construction d’une identité ?
Chez Valérie John, la réponse ne semble jamais figée.
Les matériaux sont récupérés puis transformés. Les couches se superposent. Les histoires individuelles rencontrent les récits collectifs. La Martinique dialogue avec l’Afrique de l’Ouest et avec une mémoire transatlantique plus vaste.
L’œuvre devient ainsi un espace dans lequel ces différentes traces peuvent coexister.
VALÉRIE JOHN AU PALAIS DE TOKYO JUSQU’EN FÉVRIER 2027
L’exposition « I telman nwè ki i blé (Si noir que cela en devient bleu) » est présentée au Palais de Tokyo à Paris du 21 octobre 2026 au 14 février 2027.
Le commissariat est assuré par Amandine Nana, assistée de Candice Ratsimba.
L’exposition est organisée en collaboration avec le Center for Art, Research and Alliances (CARA) de New York et a bénéficié du soutien du Fonds d’aide aux échanges artistiques et culturels pour les Outre-mer (FEAC), associant le ministère de la Culture et le ministère des Outre-mer.
À travers cette monographie, le Palais de Tokyo permet ainsi de parcourir plusieurs décennies de création de Valérie John et une œuvre où l’indigo relie le geste artisanal, la Martinique, l’Afrique de l’Ouest, les mémoires transatlantiques et une identité toujours en train de se construire.
Artiste : Valérie John
Exposition : « I telman nwè ki i blé (Si noir que cela en devient bleu) »
Lieu : Palais de Tokyo, Paris
Dates : du 21 octobre 2026 au 14 février 2027
Curatrice : Amandine Nana
Assistante : Candice Ratsimba
Médiums : textiles / papiers / installations / vêtements / objets / livres
Thématiques : indigo / mémoire / identité / eau / deuil / mémoire transatlantique / réparation / corps
Collaboration : Center for Art, Research and Alliances (CARA), New York
Soutien : Fonds d’aide aux échanges artistiques et culturels pour les Outre-mer (FEAC)






