Face à l’essor de l’intelligence artificielle dans les industries créatives, LVMH franchit une nouvelle étape en annonçant la création d’une chaire de recherche – programme de recherche financé – consacrée aux liens entre sciences, intelligence artificielle et création, en partenariat avec l’Institut Français de la Mode (IFM). Cette initiative illustre la volonté du premier groupe mondial du luxe de mieux comprendre comment les nouvelles technologies peuvent enrichir le processus créatif sans altérer la singularité des designers.
Dotée d’un financement annuel de 150 000 euros, cette chaire soutiendra des recherches fondamentales sur les mécanismes de la créativité, l’impact des outils numériques et les environnements favorisant l’émergence des talents. Les travaux s’articuleront autour de trois axes principaux : les sciences cognitives appliquées à la création, les modèles de conception assistés par l’intelligence artificielle et l’anthropologie du design, qui étudie les dimensions culturelles, sociales et symboliques du processus créatif.
Pour mener ce programme, l’IFM s’associe notamment au philosophe et chercheur Tobias Rees, fondateur du laboratoire de recherche Limn, spécialisé dans les interactions entre innovation technologique, sciences humaines et création.
Président de l’IFM, Sidney Toledano estime que l’intelligence artificielle constitue avant tout un nouvel outil au service des créateurs. Selon lui, près de la moitié des étudiants en design de l’école utilisent déjà des solutions d’IA générative dans leur processus de conception. L’ancien dirigeant de Christian Dior Couture insiste toutefois sur un point essentiel : la technologie ne remplace pas le talent. Elle permet d’explorer davantage de pistes créatives, mais reste dépendante du regard, de la culture et de la sensibilité de celui qui la pilote.
Cette philosophie est également défendue par Maud Alvarez-Pereyre, directrice des ressources humaines de LVMH. Pour le groupe, l’ambition n’est pas d’automatiser la création, mais d’accompagner les designers dans leurs recherches. L’IA peut accélérer l’exploration d’idées, générer des moodboards, produire des prototypes numériques en trois dimensions ou encore optimiser certaines étapes techniques, sans jamais se substituer à l’intention artistique.
Cette annonce intervient alors que l’intelligence artificielle transforme progressivement toute la chaîne de valeur du luxe. Chez LVMH, elle est déjà utilisée dans la gestion des stocks, la relation client, la rédaction de documents juridiques ou encore le développement produit. Louis Vuitton expérimente notamment des outils permettant de concevoir plus rapidement de nouvelles formes de maroquinerie, une innovation qui aurait suscité l’intérêt du président-directeur général du groupe, Bernard Arnault.
À travers cette collaboration avec l’Institut Français de la Mode, LVMH entend également contribuer au débat qui anime aujourd’hui l’ensemble de l’industrie de la mode. Entre fascination technologique et interrogations éthiques, la maison défend une vision où l’intelligence artificielle devient un partenaire de création plutôt qu’un substitut au créateur. Une approche qui pourrait façonner les métiers de la mode de demain, tout en réaffirmant que l’émotion, l’intuition et la culture demeurent les véritables moteurs du luxe.



