Sur la scène reggae dub toulousaine, DJ Black Sunrise s’impose naturellement avec des sélections musicales qui mêlent reggae roots, dub, dancehall et sonorités afro. Derrière ce nom de scène se cache Nawel, une artiste passionnée qui trace sa route depuis plus de vingt ans dans un univers artistique qui lui est cher, tout en exerçant un métier à mille lieues des platines : celui de psychologue. À l’occasion de cette interview accordée au notre média, elle revient sur l’origine de son nom d’artiste, ses influences musicales, son engagement artistique, sa vision de la place des femmes dans le milieu musical, mais aussi sur sa double vie entre musique et psychologie. Une rencontre sincère avec une artiste qui fait du partage et de l’humain le fil conducteur de son parcours.
Média Selecta Bisso : “Hello Black Sunrise, merci de nous accorder de ton temps. Première question, quelle est l’histoire derrière ton pseudo Black Sunrise ?”
Black Sunrise : “Salut Vava ! Merci à toi, merci à votre média, je suis très content d’être là avec toi.
Black Sunrise, c’est une chanson en fait, une chanson d’un groupe Néo-Zélandais je crois, enfin c’est plutôt vers là-bas. C’est les Black Seeds, les Graines Noires.
C’est une chanson que, quand je l’ai entendue la première fois, elle m’a beaucoup beaucoup touchée. Et puis, à cette époque là, je cherchais un peu un blaze et j’avais une copine aussi d’ailleurs qui avait ‘Black’ aussi dans son blaze de DJ et voilà, du coup, ça s’est imposé.
Je me suis dit ‘J’aime bien la chanson, j’aime bien la sonorité ‘Black Sunrise’, puis je suis allée voir le sens. Là, j’ai vu des images et en fait les images représentaient le levé du soleil dans un univers noir, vraiment le soleil qui sort des ténèbres, du mal … enfin un truc vraiment hyper optimiste en fait.
J’aime bien cette image, ça m’a beaucoup parlé et ça m’a guidée. En fait, le pseudo – le nom d’artiste – ce n’est pas moi en tant qu’entité, c’est plus ce qui me guide, ce qui m’inspire. C’est l’idée que par l’art, on arrive à éclairer les zones de ténèbres et d’ombres. Donc voilà, en fait ‘Black Sunrise’ d’où ça vient.”
Média Selecta Bisso : “Depuis quand es-tu dans la musique ?”
Black Sunrise : “Ben en fait, ça fait très longtemps, malgré les apparences parce que je n’ai jamais sorti d’EP ou fait de clips… j’ai pas de YouTube pour l’instant, j’ai pas de Soundcloud. J’ai que un compte Instagram et encore, ça ne fait que 5 ans.
Ça fait, on va dire, 25 ans. Enfin, il y a 25 ans, j’ai commencé à jouer avec des musiciens ici à Toulouse, c’était en 2001, à travailler des répertoires, à faire des lives depuis 25 ans dans plein de projets différents. Mais oui, on va dire que c’est vraiment à ce moment-là que quelque chose à commencé, parce que jusque là, bon j’avais été à la chorale du collège, j’avais fait des trucs comme ça.
J’avais repris ‘Bouge de là’ de MC Solaar avec un de mes frères qui avait acheté le vinyle. Donc, il m’avait fait poser sur la face B. Donc voilà, c’était une petite cuisine familiale.
Puis en 2001, là c’était une vraie rencontre avec la musique et les musiciens avérés, on va dire.”
Média Selecta Bisso : “Ton répertoire, c’est plutôt Reggae Dub. C’est le style de musique où tu te sens le mieux pour t’exprimer ?”
Black Sunrise : “En fait, j’ai plusieurs styles de musique que j’adore, et il y a des périodes plus ou moins rattachées à un certain style. C’est vrai que ça fait pas mal de temps maintenant que je suis focus sur le Reggae Dub : le Reggae, le Roots et le Dub.
En tout cas, c’est la musique dans laquelle je me sens le mieux, où j’ai le plus de choses à dire en fait, où l’énergie m’appelle.
Parce que sinon, je suis très musique africaine et j’adorerais, et je pense qu’à moment donné j’irai plus vers des musiques très dansantes du patrimoine africain, style Coupé Décalé, Makossa, Soukouss, des choses comme ça, ou du Kompa – bon c’est pas africain mais c’est pas mal présent dans la culture africaine.
Sinon, je suis très Soul, Funk, Disco, Hip Hop, c’est mon autre inspiration aussi.
Mais pour chanter, pour l’instant en tout cas – même si j’ai des expériences dans le Hip Hop, dans le Gospel, dans la Soul, j’ai fait vraiment plein de styles, dans le Funk, Raï…, c’est le Reggae vraiment. Bon, y’a pas photo, c’est là où j’ai envie d’être !”
Média Selecta Bisso : “Quelles sont tes inflences ?”
Black Sunrise : “Petite, j’ai eu plusieurs influences, avec mes frères et sœurs, ma famille. Mais surtout mes trois grands frères.
Il y avait le grand qui écoutait ‘Carmina Burina’ en boucle, c’est un univers qui ne me touchait pas spécialement, mais j’ai entendu ce genre de musicalité.
Et c’est surtout mes deux autres frères. Il y en a un qui était très Soul, Hip Hop, Marvin Gaye… Donc MC Solaar, c’est lui qui m’a fait chanter la première fois, qui m’a fait réaliser que je pouvais chanter. C’est lui. Donc, oui : Soul, Hip Hop, la danse vraiment avec le Funk et tout ça. Donc, les musiques bad des quartiers populaires américains quoi.
Et mon autre frère, lui c’était très diversifié : il y avait autant Georges Brassens, les Sex Pistols, Kate Bush, que Bob Marley. C’est avec lui que j’ai écouté Bob Marley, Peter Tosh… Donc vraiment les piliers quoi.
A cette époque là, moi, ça me fatiguait en fait ! Je trouvais le Reggae trop mou (rires). Moi, j’étais – d’ailleurs on se disputait là dessus – j’étais très pop, très culture Mickael Jackson, Madonna… donc voilà quoi, son Reggae, je trouvais ça trop mou.
En fait, j’y suis revenue beaucoup tard, adulte, par Sizzla. Les années 90 en fait, Sizzla, Capleton, Buju Banton, je suis rentrée par eux, et par certains riddims. Et puis à l’époque, il y avait sur Skyrock une émission de Reggae le dimanche soir. Maintenant, quand on s’en rappelle, on se dit ‘wouahou sur Skyrock quoi !’ Du coup, j’avais découvert plein d’autres artistes, comme Morgan Heritage. Et à partir de là, des années 90 jusqu’à maintenant, j’ai jamais quitté le Reggae ouais.”
Média Selecta Bisso : “Tu danses, tu chantes, tu joues des sons, tu es aussi DJette, donc tu aimes la culture Reggae en général, c’est ça ?”
Black Sunrise : “Ouais, en fait, je suis assez curieuse et je suis assez … j’aime bien la création, je m’amuse en fait, c’est des espèces de jeux pour moi.
Des jeux de découverte de mes univers. J’aime bien me surprendre. C’est des expressions, des explorations, des émotions mais aussi des pensées. Donc voilà, j’adore essayer plein de trucs.
C’est surtout depuis le COVID en fait. Il y a vraiment eu un déclic à ce moment-là, de me dire : ‘bon ça fait longtemps que tu es dans l’art, essaye de développer un peu plus, de concrétiser un peu plus et d’oser un peu plus.’ Donc, c’est à partir de ce moment-là que j’ai osé faire des trucs que jamais j’aurais osé, comme faire des solos de danse, par exemple.
Média Selecta Bisso : “Tu es curieuse comme tu dis, et j’ai vu aussi que tu t’essaies au Stand Up”
Black Sunrise : “Ouais ! Ça fait partie des trucs que j’ai osé après le COVID, en voyant passer un post.
Après, c’est les réseaux sociaux aussi qui ont changé la donne aussi pour moi. Parce que depuis 2021 ou 2020, je ne sais plus, je ne connaissais pas du tout les réseaux sociaux, ni Facebook, ni Twitter… enfin je ne connaissais rien. Et à ce moment-là, j’ai ouvert un compte Instagram et à partir de là, j’ai eu accès à des infos et des projets que je n’avais jamais vus jusque-là.
Donc, voilà, c’était une soirée : ‘Le plus petit cabaret du monde’, organisée par une troupe de Comedy Club toulousaine, qui invitait des danseurs et des magiciens. Donc, j’y suis allée pour une démo de danse.
Du coup, j’ai côtoyé des stand upers et je me suis dit ‘tiens pourquoi la prochaine fois essayer !’ Et à partir de là, j’ai essayé.
Je l’ai fait à Toulouse, je l’ai fait à Paris, au Sénégal et j’ai essayé de le développer aussi au Maroc. Alors, j’en fais pas très souvent mais j’en fais dans des contextes différents et ouais, c’est un médium qui m’intéresse parce que tu peux amener des choses de la vie contemporaine, la vie actuelle, en société… et par l’humour.
C’est vraiment un challenge.
Là, ça fait quelque temps que je ne l’ ai pas fait, depuis janvier. Ça fait six mois que je n’ai pas fait de scène, mais c’est en cours de préparation. J’alterne en fait, vu que je fais plein de trucs, des fois c’est un peu chaud de tout gérer, donc parfois je laisse des choses de côté pour pouvoir mieux en développer d’autres. Mais c’est toujours là, j’adore le stand up, j’adore l’humour. Je trouve ça assez fort d’arriver à faire rire sur des choses qui, à la base, ne sont pas toujours très gaies.”
Média Selecta Bisso : “Tu as fait aussi des études en psychologie. Est-ce que tu en as fait ton métier ? et comment fais-tu pour concilier l’art et le taf ?”
Black Sunrise : “Eh ouais ! Oui, j’ai fait des études de psychologie et c’est mon métier premier, je suis psychologue, j’ai fait une thèse en psychologie. J’ai travaillé ving ans dans un quartier de Toulouse, dans la banlieue sud de Toulouse.
Et depuis cinq ans – ben ça a été un peu au même moment, 2021, le COVID, ça a été vraiment un tournant dans ma vie personnelle, professionnelle et artistique. Professionnellement, depuis cette période là, je suis dans la formation et l’enseignement, je suis dans la transmission. Donc, je rencontre des étudiants en psychologie, en travail social, des éducateurs spécialisés, moniteurs, éducateurs et compagnie, et des professionnels de la santé. J’interviens en hôpital général et en hôpital psychiatrique, des professionnels aussi de la santé mentale. C’est principalement mon activité. Donc, je bouge pas mal en France, en métropole et même parfois, je vais les Dom Tom, ça m’est arrivé à deux reprises donc c’est cool.
C’est pas évident, effectivement de gérer cet aspect là avec des scènes en tant que DJ, chanteuse, danseuse, ou stand up. Il y a des périodes qui y sont plus propices. En fait, depuis trois ans, j’ai concentré mes activités artistiques sur le Sénégal, au mois de décembre en général, décembre/janvier. C’est vraiment là que je concentre mes activités en tant qu’artiste. Et en France, je suis principalement sur des activités de psychologue, avec de temps en temps des activités artistiques. C’est comme ça que je trouve, pour l’instant, un équilibre. Mais, c’est en cours de construction pour essayer d’avoir moit-moit, j’aimerais bien avoir moitié psy, moitié artiste.”
Média Selecta Bisso : “Par rapport à la musique, tu es une fille dans un monde majoritairement masculin. Est-ce qu’il a fallu que tu prouves plus que les autres ou est-ce que tu as pu faire ta place facilement ?”
Black Sunrise : “Alors, j’ai pris le temps pour faire ma place, j’ai pas forcé les choses, parce que c’est vrai qu’il y a une misogynie assez importante mais assez discrète en fait.
Et il m’a fallu du temps pour euh… c’est ces dernières années en fait que j’ai réalisé que des fois, c’est le fait que tu sois une fille qui est un avantage. C’est depuis ces dernières années où il y a un peu ce souci-là.
On va plus te solliciter parce que tu es une fille, qu’il faut un quota de filles, mais sinon, fondamentalement, je trouve que c’est pas évident. On a tendance à limiter l’apport féminin à une prestance ou à une certaine valeur ajoutée visuelle en fait. En gros, d’être une belle plante, d’amener ce côté là, mais, ne pas être bonne en technique. Enfin, c’est associé à pas mal de stéréotypes et l’air de rien, je trouve qu’il y a une certaine misogynie qui est assez présente.
Mais bon ça va, parce que j’ai toujours trouver des personnes de confiance, même dans la gente masculine, avec qui j’ai pu avancer petit à petit, donc ça n’a pas été non plus … j’ai pas bataillé. Mais bon, j’ai pas essayé non plus d’en faire mon métier pour l’instant. Donc, peut être que j’ai pas été non plus dans des situations où je me suis mise en danger par rapport à ça, mais ça va, je trouve que ça va par rapport à mon parcours. Mais, il y a beaucoup de chemin à faire pour qu’il y est l’égalité homme-femme au niveau artistique, c’est indéniable.”
Média Selecta Bisso : “Pour finir, quelles sont tes actus ?”
Black Sunrise : “Mes actus pour le mois de juillet. Comme j’ai dit tout à l’heure, je n’ai pas beaucoup d’évènements en France, mais là les prochains, c’est les 10 et 11 juillet.
Ça se passe du côté de Carcassonne, à Rouffiac d’Aude. 11250 Rouffiac d’Aude, au 777 chemin de Jah. Le Jardin donc, chez Abraham qui est un ami et qui nous accueille DJ Begood et moi, un collègue avec lequel on fait pas mal de soirées actuellement Reggae, Ragga, Dancehall. Et là, on sera tous les deux pour animer ce week end festif, musical et gastronomique, parce qu’Abraham fait de la très bonne cuisine. Donc, il y a de la restauration sur place. C’est 5 euros la soirée.
Donc le vendredi 10 juillet, c’est Reggae party et le samedi 11 juillet, c’est World party avec des musiques des Caraïbes, on va continuer sur ce registre là, mais aussi beaucoup de musiques africaines et de musiques de l’océan indien qu’amènent DJ Begood dans ses playlists.
Possibilité de camping aussi, donc ramenez votre tente. Restauration sur place, bonne ambiance dans un cadre bucolique, c’est-à-dire que ça se passe dans une serre aménagée en café culturel, avec une vue sur les champs. Donc, vous voyez les DJs et derrière vous la verdure du champ, c’est un site magnifique qui est à un petit peu moins d’une heure de Toulouse. Donc, c’est pas cher, c’est sympa, on va bien manger, il y aura de la bonne musique, de la bonne ambiance, dans un cadre festif, bucolique, naturel, qui fera du bien à tout le monde. Il y a une rivière sur le terrain, donc il y a aussi le moyen de se rafraîchir sous les arbres avec un peu d’eau. Donc, je vous invite ce week-end, les 10 et 11 juillet à Rouffiac d’Aude.
Et le deuxième événement de juillet, c’est le jeudi 23 juillet. Ça se passe à la ferme de Cantagrel, à Saint Cirq laPopie, donc là, on va du côté du Tarn. Là, c’est organisé par le DJ Bam Salute, le célèbre Sound System toulousain Bam Salute, avec deux artistes au chant : moi-même et Maylan, donc un artiste qui vient de Bordeaux, qui est très connu. On va faire nos répertoires respectifs et on va aussi faire des chansons inédites. Le concept, c’est ‘La Guinguette’ ou ‘Sous les étoiles’. En tout cas, le nom du projet artistique porté par la ferme de Pantagrel c’est ‘Sous les étoiles’. Donc, le principe c’est diner sous les étoiles, accompagnés par des animations musicales pendant tout l’été. Et donc nous, c’est le jeudi 23 juillet, donc je vous invite à vous rapprocher des sites de la ferme de Pantagrel pour plus d’informations pour les repas et compagnie.”
Média Selecta Bisso : “Merci pour ton temps et tes réponses, à très vite !”
Entre musique, danse, humour et transmission, Black Sunrise construit un parcours artistique à son image : libre, engagé et surtout humain. Avec ses prochains rendez-vous en Occitanie et ses nombreux projets mêlant reggae, dub et cultures afro-caribéennes, l’artiste confirme son envie de faire vivre la scène indépendante tout en restant fidèle à ses valeurs. Nous remercions chaleureusement Black Sunrise pour sa disponibilité et lui souhaite le meilleur pour la suite de son aventure artistique. Go follow @blacksunrise sur les réseaux et surtout allez la voir sur scène !
Questions et photos : @vavacaz



